Liban: pays de tous les possibles…

Liban, pays de tous les possiblescredit photographique: Paul Saad sur flickr

En tant que Libanaise, je ne m’étonne plus de rien. Plus aucun événement ne me touche, ne me perturbe ; car tout peut arriver, au pays de tous les possibles.

Dans mon pays, il est possible de vivre sans être jamais sûr si l’on est en temps de guerre ou en temps de paix.

Dans mon pays, il est possible de se retrouver sans président de la République.

Dans mon pays, il est possible que les députés décident de prolonger leur mandat.

Dans mon pays, il est possible de voir les tenants du pouvoir changer de discours comme on change de chemise.

Dans mon pays, il est possible de trouver sa maison, son quartier, noyés par la première pluie.

Dans mon pays, il est possible que la capitale devienne une décharge à ciel ouvert.

Dans mon pays, il est possible d’exporter ses déchets.

Dans mon pays, il est possible de payer des impôts sans rien attendre en retour.

Dans mon pays, il est possible que l’argent public soit gaspillé et que nul ne soit accusé.

Dans mon pays (qui compte près de quatre millions d’habitants), il est possible d’accueillir à bras ouverts près de deux millions de réfugiés venant de Syrie, d’Irak, ou du Soudan.

Dans mon pays, il est possible de vendre sa maison, ou le petit lopin laissé par ses ancêtres pour s’acheter une place, pour soi, pour sa femme et ses enfants, dans une barque de fortune pour aller n’importe où, mais ailleurs.

Dans mon pays, il est possible, croyez-moi, qu’un criminel, ancien ministre accusé d’actes terroristes contre ses compatriotes et ayant avoué ses crimes, soit jugé, emprisonné puis libéré sous caution, au bout de trois années.

Dans mon pays, il est aussi possible qu’un ancien criminel, jugé, emprisonné puis libéré, se présente aux élections présidentielles.

Dans mon pays, il est possible que des jeunes, croyant à la liberté d’expression, partis crier: « Nous réclamons des comptes » devant la porte d’un ministre, soient traînés de force, arrêtés, maltraités.

Au Liban, il est possible de vivre encore, révolté ou résigné jusqu’à l’insensibilité.

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rimamoubayed
Je suis libanaise. J'enseigne le français dans une école de la Mission Laïque française. J'ai fait des études de Lettres et prépare en ce moment mon Master. J'ai gagné plusieurs concours d'écriture: 1er Prix Premio Energheia. Liban. 2013-2015, 1er prix Plumes des Monts d'Or 2014-2015.
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7 Commentaires

  1. Ah ! C’est triste. Quand je pense que le Liban est riche de sa culture et de son histoire. Quand je pense que c’est l’un des rares États arabes où les citoyens ont vraiment le droit de vote.

  2. « Dans mon pays, il est aussi possible qu’un ancien criminel, jugé, emprisonné puis libéré, se présente aux élections présidentielles », parle-t-on du Liban, de la France, du Brésil ou du Congo? 🙂

  3. Je croyais avoir tout vu, tout entendu dans mon pays, mais là je crois que le Liban a de loin plus de choses incroyables, inimaginables que le Cameroun (malgré les points communs qui restent nombreux aussi).

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