L’arabe: ma langue maternelle et pas seulement

Commons.wikimedia.org

Voilà, comme promis, ma biographie langagière. Ce billet sera consacré à la langue arabe, ma langue maternelle, et pas seulement…

Je  suis née au Liban, dans une famille libanaise. J’ai grandi et vécu dans une ville et un quartier arabophones par excellence. De toute évidence, ma langue maternelle, la première langue dans laquelle j’ai communiqué, a été l’arabe.

Je précise : l’arabe dialectal. Cette langue que je parle, que parlent mes parents, mes voisins, mes amis … je ne l’ai pas apprise à l’école. Il y a d’ailleurs très peu de chance, je dirais même qu’il est quasiment impossible de la retrouver dans des livres qu’ils soient destinés à l’enseignement ou à la simple lecture. Hormis quelques situations informelles où je me permets de l’utiliser pour chater avec des proches, en utilisant le plus souvent des lettres latines ainsi que quelques chiffres pour représenter des sons que ces dernières ne peuvent pas produire, l’arabe dialectal est de très peu d’utilité pour la langue écrite.

Par contre, je lui ai découvert une toute autre fonction, celle de marquer mon appartenance à un groupe. C’est à l’étranger que j’ai été menée à réfléchir sur ma langue maternelle comme trait de mon identité. Lors d’un voyage en France, j’ai eu l’occasion de croiser, dans les longues queues à l’entrée des sites touristiques ou dans les transports en commun, des personnes que je reconnaissais comme étant des arabes. Or, il a suffi de deux phrases prononcées dans mon dialecte pour que je me sente en terrain familier, parmi les miens. Sourires échangés, puis un brin de conversation dans la langue du pays… En prenant congé du jeune couple dont je venais de faire la connaissance, j’avais déjà oublié leur nom mais je garde jusqu’à ce jour l’heureux souvenir d’avoir croisé des libanais à Paris.

 L’arabe, ma langue de scolarisation

Alphabet en langue arabe

Wikimedia commons. Alphabet arabe

 

Première langue acquise, l’arabe a été aussi pour moi la première langue apprise. Ma scolarité a commencé à l’âge de trois ans. Mes souvenirs ne remontent évidemment pas aussi loin, mais je peux affirmer que c’est de cette époque que date mon apprentissage de l’arabe littéraire (ou littéral).

Dès les petites classes, j’ai appris à chanter l’hymne national, à déclamer des poèmes en diverses occasions dans cette variété de la langue dite haute. Puis a commencé l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Mon lexique s’enrichissait en même temps que je m’appropriais les structures grammaticales de cette langue qui avait des points communs avec celle que je parlais chez moi, mais dont le statut était plus formel du seul fait que c’était la langue apprise, utilisée et évaluée à l’école.

A mesure que j’avançais en âge, je découvrais l’héritage culturel et littéraire véhiculé par la langue arabe. J’ai été profondément marquée par Tawfiq Youssef Awad dont je ne me lassais pas de relire les œuvres. J’imitais son style d’écriture dans mes rédactions. J’étais surtout fascinée par les descriptions qu’il faisait des personnages et des lieux. J’ai ainsi développé une aisance dans l’expression écrite. Rares, par contre, ont été les occasions où j’ai eu à utiliser l’arabe littéraire à l’oral.

L’arabe à la libanaise…

Il est une particularité du parler libanais que je souhaite décrire : l’arabe, tel qu’il est pratiqué par un grand nombre de mes compatriotes, est assez spécial. Sur une toile de fond que constitue l’arabe dialectal viennent se greffer mots, expressions, proverbes ou même des phrases entières prononcées dans d’autres langues. La proportion de ces alternances varie en fonction du niveau social et académique des deux interlocuteurs.
Je ne fais pas exception. Il est très fréquent que lors d’une conversation tenue en arabe, j’insère, consciemment ou pas, selon les situations, des propos en français ou en anglais.

Au moment de l’atterrissage de l’avion qui m’emmenait en Italie, il y a deux ans, un homme assis à côté de moi s’adresse à la personne italienne qui m’accompagnait. Il était curieux de savoir comment nous avions réussi, toutes les deux, à converser pendant quelques heures en passant de l’italien, au français, puis à l’anglais et à une quatrième langue, l’arabe en l’occurrence, qu’il n’avait pas réussi à identifier. Pour seule réponse, la dame lui a lancé : « Ça, c’est le Liban ! »

Pour terminer en musique, voilà une chanson de Charbel Rouhana qui raille cette façon de parler un arabe où se mêlent un peu toutes les langues…

A suivre…

The following two tabs change content below.
rimamoubayed
Je suis libanaise. J'enseigne le français dans une école de la Mission Laïque française. J'ai fait des études de Lettres et prépare en ce moment mon Master. J'ai gagné plusieurs concours d'écriture: 1er Prix Premio Energheia. Liban. 2013-2015, 1er prix Plumes des Monts d'Or 2014-2015.
rimamoubayed

Derniers articles parrimamoubayed (voir tous)

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *